L’innovation sociale pour nous sortir de la crise !
Billet publié par Stéphane Vincent dans la catégorie 27e RégionTags: Innovation , Politique publique
Marjorie Jouen est conseillère à Notre Europe, laboratoire de pensée dédié à l’unité Européenne, fondé par Jacques Delors. Stéphane Vincent dirige la 27e Région, laboratoire d’innovation publique soutenu par les Régions.
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Sa mission exacte demeure mystérieuse, mais il existe bel et bien. Un « bureau de l’innovation sociale » est en cours de création à la Maison Blanche. Est-ce le signe que, pour sortir de cette crise dont la gravité signe l’échec du système actuel, Barack Obama compte s’appuyer sur ceux qui inventent de nouvelles façons de travailler et d’agir dans la société ?
Sous l’appellation un peu fourre-tout d’« innovation sociale », se rencontrent depuis longtemps des mouvements issus de traditions très différentes. Leur point commun : prôner l’innovation "par les gens, pour les gens". On y croise pèle-mêle des mouvements philanthropiques et des entrepreneurs sociaux à l’anglo-saxonne, comme Ashoka, des acteurs du développement local qui promeuvent une démarche participative, telle Adels (Association pour la démocratie et l’éducation locale et sociale) en France, des associations qui restaurent un lien direct entre les producteurs et les consommateurs, comme les Amap (Associations pour le maintien d’une agriculture paysanne), mais aussi des sociétés et des think-tanks qui mobilisent l’innovation comme technique d’ingénierie sociale, à l’image de la Young Foundation au Royaume-Uni. Ces mouvements, qui trouvent parfois dans l’Internet un formidable champ d’expérimentation et de déploiement, constituent une dynamique qui, sortant des schémas d’action et de pensée traditionnels, pourraient apporter des réponses valables à la crise et constituer des solutions pragmatiques aux problèmes quotidiens des citoyens.
Aux Etats-Unis, le candidat démocrate avait multiplié les promesses durant la campagne présidentielle : il ferait, par exemple, passer de 75.000 à 250.000 le nombre de volontaires de l’American Corps, ce programme qui permet aux jeunes Américains de s’investir bénévolement dans des domaines comme l’éducation, la santé ou l’environnement. Mais, surtout, Barack Obama avait promis de poser les bases d’une véritable politique publique de l’innovation sociale, en créant un fonds d’investissement destiné à soutenir les initiatives locales innovantes et leur diffusion, et en mettant en place une structure destinée à les accompagner. Il répondait ainsi aux vœux notamment exprimés par le « Center for american progress », un think thank proche des Démocrates.
Pour l’instant, le nombre de volontaires de l’American Corps n’a pas encore été accru et le plan de relance de Barack Obama repose surtout sur des bases keynésiennes classiques. Néanmoins, le vent tourne. Les innovateurs sociaux ont longtemps été cantonnés dans le rôle de pompiers dans le domaine du social, alors qu’ils peuvent concevoir des réponses en amont, et à des défis plus larges, comme l’économie ou l’environnement, ou plus simples, relevant de la vie quotidienne.
La crise, que les économistes peinent à penser, pourrait bien accélérer cette tendance. La création du nouveau bureau à la Maison Blanche constitue un signal fort, tout comme, de ce coté-ci de l’Atlantique, l’appel lancé par José Manuel Barroso, Président de la Commission Européenne, aux experts en innovation sociale, le 20 janvier dernier. Lors de cette rencontre bruxelloise, le Président de la Commission a déclaré que « la crise financière et économique a encore accru l’importance de la créativité et de l’innovation en général, et de l’innovation sociale en particulier ».
Depuis 2000 déjà, l’Europe soutient des expérimentations sociales, dans le cadre du programme Equal. En Italie, le Ministère de la Fonction publique est également celui de l’innovation. Dans le sud de l’Angleterre, le Comté du Kent s’est doté d’un laboratoire d’innovation sociale, tout comme le ministère danois des Finances. L’Espagne n’est pas en reste : le Pays Basque lance une "Silicon Valley de l’innovation sociale", et la Région Estremadure finance depuis 4 ans une agence de 35 personnes chargée de déployer une « société de l’imagination », misant sur le changement et la mobilisation des jeunes pour favoriser son développement. A Londres, Bruxelles et Milan, des designers imaginent de nouvelles façons de répondre à des problèmes d’intérêt général.
Trois pistes pour l’innovation sociale à la française
La France est depuis longtemps un terreau fécond en matière d’innovation sociale. Il y a chez nous une longue pratique, souvent portée à bout de bras par les associations, les acteurs du développement local, de l’entrepreneuriat social, ainsi qu’une myriade d’activistes disséminés un peu partout dans la société, y compris dans l’administration. Mais leurs efforts sont clairsemés, et leurs enseignements largement ignorés des grandes structures, des institutions et des procédures publiques. Or il y a là une occasion de transformation majeure pour les acteurs publics. Comment leur faire franchir un cap ?
Sans être forcément les seules, trois orientations sont possibles. Elles concernent successivement les élus, les fonctionnaires et les acteurs de l’innovation sociale :
Nos élus doivent davantage intégrer l’innovation sociale au sein des grandes politiques publiques. Aujourd’hui, les politiques d’innovation misent essentiellement sur la technologie, sans forcément bien prendre en compte son implication sociale majeure. Alors que l’économie solidaire produit les modèles de développement parmi les plus robustes et les plus efficaces, elle reste souvent le parent pauvre des politiques publiques. Or la culture et les méthodes propres à l’innovation sociale peuvent apporter un profond renouveau à l’ensemble des politiques et de la puissance publique, améliorer le service rendu et, pourquoi pas, réconcilier les citoyens avec leurs gouvernants.
L’administration doit se professionnaliser dans ce domaine. Il y a dans l’innovation sociale une alternative intéressante à la culture de l’audit et du contrôle financier qui sclérose les grandes institutions. Seule l’innovation "dirigée par l’usager" peut faire tomber durablement les frontières administratives et transformer les modes d’intervention publique, en renversant la logique de production de l’aval vers l’amont. Plus axée sur le qualitatif et le "sensible", elle mobilise des techniques de pointe, requiert des profils nouveaux et créatifs, où l’on rencontre aussi bien les pionniers des think-tanks de Stanford, de Milan ou de Londres, que des fonctionnaires ingénieux : une nouvelle génération de designers, de sociologues, d’artistes, d’ingénieurs sociaux et numériques qui cherchent des réponses pragmatiques aux grands problèmes de société et du quotidien -éducation, pauvreté, exclusion, délinquance, pollution, isolement …
Tous les acteurs de l’innovation sociale doivent travailler en réseau. Pour atteindre un seuil critique, il faut que les efforts des innovateurs de tous types, sociaux et numériques, ceux du secteur public et des entreprises privées, les anciens et les nouveaux, ceux de l’urbain et du rural, les chercheurs aussi bien que les praticiens de terrain et les animateurs associatifs, puissent converger. Pour y parvenir, il faut faciliter l’échange des pratiques les plus innovantes dans le cadre de réseaux pluridisciplinaires, en faisant sauter les barrières obsolètes entre ceux qui conçoivent et ceux qui appliquent. Il faut aider à la création de lieux, physiques ou virtuels, où les innovations puissent acquérir une visibilité maximale, leurs résultats soient validés et que ces méthodes puissent se généraliser. Il faut redonner à l’expérimentation sociale ses lettres de noblesse pour en faire un outil neutre de production de connaissance et de modernisation.
L’innovation sociale ne prétend pas être la panacée, mais, certainement, elle nous redonnera l’envie et l’élan du changement collectif, seule voie possible pour sortir grandis de cette crise.
4 commentaires
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Le 19 juin 2009 à 10h52
par Linda.Baou
» L’innovation sociale pour nous sortir de la crise !
Vers un trop plein de point d’interrogation, d’exclamation, point du dessus, pointer du doigt ne se fait pas, , suspension oblige, correction aussi, ponctuation histoire insolite...
Mon existentialisme d’autodidacte : observer, évaluer, chercher la graine, le détail, apprécier l’individualité dans sa différence, comprendre dans le temps ? Les poids, les angoisses, les nostalgies, les peurs, les attentes transmises ? Réunir des idées, combattre le binaire, chercher le courant ? Trouver l’interrupteur, OUVRIR des espaces "rencontre-échange" pour des contrats "lien et engagement", des lieux de vie pour la synergie, le Progrès... OUvrir des possibles, la prise de risque inévitable, COURAGE !
Partager le savoir,l’information, transmettre pour innover, une éthique de la générosité, une exigence de l’ésprit, une négociation permanente, le fait de "redécouvrir les valeurs" je vous confere ma pensée avec joie, tous parlent et j’entend :
Loin de l’Etat, des citoyens ! Ni victime, ni héros ! Loin des uns les autres, ils s’engagent ! Les raisons ? la raison du renouvellement, sans raisonnement...
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Le 16 février 2009 à 17h17
par Mfift’ies
(site : http://www.m5ies.fr)
» L’innovation sociale pour nous sortir de la crise !
Voici un exemple qui peut illustrer effectivement en quoi et à quel endroit L27°R doit pouvoir jouer un rôle de levier opératif. Le texte ci-après est extrait d’un courriel adressé à une cellule DRTEFP en charge du FSE 2007/2013 :
... je me permet de vous adresser spécialement un courriel relatif à l’octroi d’une subvention globale au titre de ce programme "En faveur des initiatives locales : renforcer l’accès aux financements européens des petits porteurs de projets associatifs".
Notre cabinet M5i ES Cabinet d’ingénierie « Mfift’ies » implanté ... (zone rurale) a réussi avec efficacité à monter cette opération "projet de candidature" tout à fait pertinente
* puisqu’en rapport très étroit notamment avec la vocation de cette structure et les compétences associées, * cela afin d’être en mesure de déposer un dossier auprès de vos services aujourd’hui ce lundi 16 février 2009.
Il n’aura pas été possible de le faire, à notre grand regret, car l’organisme bancaire de proximité que j’avais contacté dès la parution de votre annonce, n’était pas en mesure de nous soutenir :
1. d’une part en essayant d’apporter une réponse avec autant de réactivité sur un calendrier très resserré, l’agent chargé de clientèle délégué sur ce dossier, m’a répondu par courriel samedi dernier (par la négative), 2. et encore moins d’autre part dans le cadre des positions du siège dont il dépend pour toute décision de niveau stratégique.
Et cette agence déclarant ne "pas pouvoir intervenir sur ce dossier", je souhaitais vous faire parvenir cependant une plaquette signalétique de notre démarche, intrinsèquement originale, puisqu’enfin M5iES est également un petit porteur de projets d’intermédiation et que la structure "entreprise individuelle" est à l’évidence également encore trop éloignée de l’accès aux financements européens ...
Espérant bonne réception de la présente, et vous rencontrer néanmoins dans les opérations à venir, je vous prie d’agréer, Madame, l’expression de mes sentiments distingués. De la part de ...
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Le 14 février 2009 à 17h59
par frédéric cuignet
(site : http://fcuignet.typepad.com)
» L’innovation sociale pour nous sortir de la crise !
on a quand même la délégation interministérielle à l’économie et l’innovation sociale en france depuis plus de 25 ans qui a largement soutenu le commerce équitable ou la finance solidaire, les nouvelles coopératives... Pareil, le travail de l’AVISE (agence de valorisation des initiatives socio économiques ) est très intéressant. Sinon, il y a aussi le conseil de l’europe qui a largement soutenu, dans sa direction cohésion sociale la réflexion sur des nouveaux droits sociaux (consommation responsable, finance solidaire ...) . Il faut aussi parfois faire attention à la tentation de mettre en avant ce qui est "tendance". Sur le long terme, la DIESES a vraiment contribué à transformer le tiers secteurs, en oeuvrant pour sa connaissance, sa reconnaissance et le développement de l’appui technique.
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Le 13 février 2009 à 21h19
par olivier auber
(site : http://perspective-numerique.net)
» L’innovation sociale pour nous sortir de la crise !
puisses-tu être entendu !










