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Fév 17 2010

Co-production : le NESTA éclaircit la notion.

Billet publié par Laura
Tags: capacitation , Design , Innovation , Politique publique

Dans une note de quelques pages, le LAB d’innovation publique de l’agence NESTA (National Endowment for Science, Technology and Arts), et le think tank NEF (Next Economic Foundation) s’interrogent sur le véritable sens de ce mot-valise, que l’on retrouve de plus en plus dans les discours politiques, jusqu’à la Maison Blanche. L’avenir sera « co-produit », c’est quasi certain. Cependant, quelles sont les réelles implications et valeurs de la co-production quand il s’agit de réformer ou d’innover dans le service public ?

Qu’est ce que co-produire ?

Michael Harris et David Boyle (NESTA), auteurs de la note, retiennent la définition suivante : il s’agit de « délivrer un service dans une relation réciproque et égale entre les professionnels, les utilisateurs, et la sphère familiale et sociale des utilisateurs ». Les activités étant réparties ainsi, chaque partie devient un agent de changement, d’amélioration ou d’évaluation du service en puissance. Les auteurs en tirent un premier constat. Depuis trente ans, le service public anglais développe ses activités dans le but de réduire les coûts et les demandes de la population envers l’État. Pourtant tout semble montrer que c’est l’inverse qui s’est produit, et que les attentes et les insatisfactions sont plus présentes que jamais.

Bureaucracy in the UK.

Petit détour sur le contexte anglais dans lequel a germé l’idée de co-production. Le modèle d’action publique prédominant depuis les années 45 vise à permettre l’expansion économique en gommant les inégalités sociales crées par celle-ci. C’est un service public calqué sur le schéma social fabriqué par le capitalisme. Suite à cela, le nouveau conservatisme des années Thatcher, qui critique une « culture de la dépendance » de la population envers l’état, encourage « une économie des services publics » : les citoyens sont des consommateurs, et sont en position de choisir dans l’offre de services ceux qui leurs correspondent - ou plutôt ceux auxquels ils peuvent accéder. Enfin, une troisième approche développée dans les années 90 vise à rendre le service public concurrenciel par rapport à l’offre privée, optimisant organisation et logistique. Au terme de ce cycle, on aboutit une administration lente et complexe, une fragmentation des tâches, une logique procédurière et un souci de rendement déconnecté de l’efficacité réelle des services. Au nom d’une plus grande efficacité, les bénéficiaires sont relégués en bout de chaîne. Et au nom d’un service public « taillé sur mesure », on perd la logique de bienfait à long terme ; on entretient la demande sociale au lieu de la faire disparaître.

Co-production ?

C’est alors qu’apparaît la notion de co-production : elle naît comme une critique de la manière dont les utilisateurs et les professionnels des services publics ont été artificiellement divisés, parfois par les technologies, parfois par des pratiques managériales, parfois par une compréhension détournée de l’idée d’éfficacité. Elle part de l’intuition que la demande sociale n’augmente pas par manque de resources, mais du faite de l’impossibilité pour les citoyens d’y contribuer par leurs propres compétences : une machine dont un organe entier serait paralysé. Sur ces bases, Michael Harris et David Boyle définissent les idées clés de la co-production. En premier lieu, les personnes définies comme bénéficiaires, patients ou clients détiennent des informations qui permettent d’augmenter significativement l’efficacité des prestataires. Ensuite, la famille, le voisinnage, la communauté et la société civile forment un « système opératoire » : nier cette infrastructure sociale revient à renforcer l’isolement, le manque de confiance, le manque d’investissement des gens dans des questions d’intérêt général. Enfin, la co-production fait basculer une partie du pouvoir, de la responsabilité et des ressources des prestataires vers les individus.

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Uscreates
le "Touring Café" comme outil de co-découverte du mode de vie des travailleurs migrants

Dans les années 70, l’économiste Elinor Ostrom avait déjà défini la co-conception comme un procédé dans lequel les éléments qui créent un produit ou un service viennent de la contribution d’individus qui ne sont pas « dans » la même organisation. Plus tard, le juriste Edgar Cahn envisage la co-production comme un vrai principe d’action, en l’applicant notament à la justice juvénile : dans une banlieue noire « à risque » de Washington, il propose que tout délit non violent commis par un jeune soit jugé par un jury du même âge - la sentence incluant de participer soi même à un jury.

La co-production intervient quand il s’agit de détecter et de prévenir un besoin plus que de le solutionner. En encourageant l’échange (d’expérience et de compétences...), en donnant des responsabilités aux utilisateurs, et en donnant de la valeur aux réseaux sociaux existants, elle fabrique des points d’ancrage nouveaux pour les services publics. En voila les principes : 1. Reconnaître les gens comme des alliés. 2. Redéfinir l’idée de travail - c’est à dire y reconnaître tout effort fait pour entretenir un famille, prendre soin d’un personne, veiller au bien être d’un groupe etc. 3. Valoriser la réciprocité : donner et recevoir - car c’est un vecteur de confiance et de respect entre les gens. 4. Construire des réseaux sociaux - car la santé mentale et physique d’une personne repose sur des relations humaines fortes et durables.

Qu’est ce que la co-production n’est pas ?

Le terme co-production est largement utilisé pour décrire tout partenariat entre le gouvernement et les citoyens pour lutter contre un problème social. Cependant, il ne faut pas la confondre avec des méthodes de consultation publique, ou de « co-design », qui peuvent engager la population dans une démarche d’innovation, mais ne construisent pas d’investissement à long terme. Engager la participation des gens dans des évènements ne suffit pas, il faut repenser le système pour le service soit « co-exécuté ». La co-production intervient quand le savoir des utilisateurs et le savoir des professionnels sont nécessaires et se complètent pour délivrer le service. Par conséquent :

  • La co-production ne revient pas seulement pas seulement à demander l’avis de la population.
  • La co-production ne se réduit pas à faire appel au volontariat - l’échange a un pouvoir de transformation que le don (le bénévolat) n’a pas.
  • La co-production doit intervenir pour transformer le service public de façon systémique et pas seulement pour résoudre les besoins de chaque individu (ex : impact sur le rôles des prestataires).
  • La co-production doit être égalitaire au sens de permettre la participation de tous.

La co-production s’inscrit dans une mutation globale dans tous les secteurs du rapport entre le privé et le public, ce que l’innovateur Robin Murray appelle « la nouvelle économie sociale ». Pour Murray, ce changement est accéléré par une combinaison de manque de resources et de pressions sociales grandissantes (obésité, diabète, vieillissement...) ; et de fait il recèle un potentiel d’innovation énorme.

Uscreates

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Uscreates

Quelles sont donc les prochaines étapes de la co-production ?

Il s’agit de réfléchir aux conditions nécessaires pour lui permettre de prendre racines. Comment fabriquer des contextes propices, des structures porteuses, des méthodes ? Que doivent changer dans leurs pratiques les intervenants actuels, les prestataires et les consultants pour y parvenir ? Le design a-t-il un rôle dans ce processus ? S’enrichir des cas d’échec est de succès est indispensable pour mieux comprendre les rouages de la co-production, dont le potentiel est loin d’être révélé. Expérimenter et développer des modèles pratiques, est ce qui permettra d’étendre ce changement radical à tous les domaines du secteur public.

Laura Pandelle, étudiante à l’ENSCI, chez STBY.

photos issues du travail de l’agence Uscreates, sur les conditions de vie des travailleurs migrants.

Déc 25 2009

Les designers sont-ils forcément de bons innovateurs sociaux ?

Billet publié par Stéphane Vincent
Tags: Design , Innovation , social

Le 3 décembre était organisée une téléconférence à l’initiative du Social Innovation Exchange (SIX, dont nous vous avons déjà parlé), avec la participation de designers et d’innovateurs sociaux de Paris, Londres, Milan, Bruxelles, Copenhague, Amsterdam, Melbourne, Shangai, Tokyo. Le thème dont nous devions débattre : quels sont les liens entre le design et l’innovation sociale ? les designers sont-ils des innovateurs sociaux ? peuvent-ils contribuer à enrichir l’innovation sociale ? Autant le dire tout de suite : au terme d’un tour de table passionnant* mais interminable, nous n’avons pas eu le temps de débattre du sujet ! Car la téléprésence chez Cisco, c’est génial, mais ça fonctionne un peu comme les faisceaux satellite à la télé, "en direct de Cognac-Jay" : quand ça coupe, ça coupe vraiment, et l’organisateur lui-même n’a pas eu le temps de terminer sa phrase de remerciements...

En revanche, une note de travail avait été rédigée avant la conférence par Geoff Mulgan, directeur de la Young Foundation, qui anime SIX. Je ne résiste pas à l’envie de la résumer, car elle est fertile et m’amène à quelques commentaires.

Ce qui peut sembler être un débat d’experts me parait en réalité être une question centrale si l’on souhaite comprendre les nouvelles formes d’ingénierie "tirées par l’utilisateur", et imaginer les modes d’intervention de demain, plus proches de la co-conception que les approches traditionnelles d’aujourd’hui.

En préambule, Geoff Mulgan rappelle que dans l’univers anglo-saxon au moins, un nombre croissant d’initiatives mobilisent des méthodes issues du design pour développer l’innovation sociale (EMUDE, Red au Design Council, IDEO, la Fondation Rockefeller, les agences Think Public, Participle). Geoff s’emploie à faire l’analyse des forces et des faiblesses du design au contact de l’innovation sociale, telle qu’il a pu la faire à travers ces différents projets.

Geoff Mulgan énumère ainsi les principales forces du design appliqué à l’innovation sociale, telles qu’il les perçoit :

  • la fraîcheur et la clarté : le designer est capable d’une compréhension fine des problèmes, et de donner une vision nouvelle à des problèmes anciens
  • de nouvelles visions (ou "insights") : le fait de ne pas être partie prenante, de n’être pas un expert lui permet de proposer une vision décalée
  • les techniques de visualisation : le designer dessine, illustre ; c’est un complément vital de la prose administrative et de l’emploi systématique du texte, et une bonne façon d’associer plus facilement les gens dans le process de conception
  • les situations de vie : une approche qui met en valeur de nouveaux modèles, blocages, expériences
  • le prototypage rapide : une méthode supérieure pour tester rapidement des modèles dans la pratique, plutôt que rester au stade des grands discours
  • de bons outils pour penser de façon systémique : particulièrement utile, par exemple dans le système alimentaire, énergétique, des biens de production
  • des effets catalysateurs : également utiles pour dynamiser le changement, renforcer les innovateurs au sein des services publics, etc

Mais les faiblesses du designer sont également importantes :

  • Le coût : faire intervenir des consultants chèrement payés dans des communautés à faibles revenus crée du ressentiment
  • Le manque d’investissement : dans certains projets, le designer va et vient librement, il n’est pas au coeur du projet ;
  • Le designer est bon en créativité, médiocre en terme d’implémentation et de mise en oeuvre
  • Le designer réinvente la roue (en ignorant les évidences et l’expérience de terrain, comme un corollaire à la fraîcheur de sa vision)
  • Le manque de compétences budgétaires et de réalisme économique, lorsqu’il s’agit de penser la mise en oeuvre
  • Le manque de capacités organisationnelles, notamment pour organiser le passage de témoin
  • Il faudrait qu’il soit bien plus rigoureux en matière de pensée systémique
  • La très grande majorité du design de services n’a pas été conçu par des organisations en charge du design de services...

Pour Geoff Mulgan, le design a 4 défis à relever :

  • Former les gens à une combinaison entre des compétences en design, et d’autres compétences (économiques, politiques, sociales)
  • Développer des méthodes de design qui améliorent l’impact et la mise en oeuvre
  • En terme de coût/efficacité, s’assurer qu’un transfert de savoir-faire s’opère bien après la mission
  • Faire dialoguer des disciplines connexes avec le design : beaucoup de disciplines gagneraient à apprendre du design, et le design a besoin d’apprendre d’autres disciplines

L’analyse et les recommandations de Geoff Mulgan me paraîssent très pertinentes. Les designers ne sont pas naturellement formés à produire de l’émancipation chez leurs interlocuteurs, à générer de "l’empowerment". Il me semble qu’il y a de nombreux enseignements pratiques à tirer de cette analyse. J’en vois au moins trois.

Le besoin d’élaborer collectivement un nouveau protocole

Les designers ont normalement l’habitude d’évoluer dans un système de contraintes : plus les contraintes sont fortes, plus on reconnaît la créativité d’un bon designer ! Mais dans les méthodologies basées sur l’innovation sociale, il manque souvent un protocole spécifique, l’adoption collective d’une série de principes concrets qui garantissent les attendus cités par Geoff Mulgan. Or ces principes ne sont guère enseignés dans les écoles de design ou les formations à l’innovation sociale. Pourtant il est essentiel que le cahier des charges initial établisse ces principes. Lorsque dans le cadre de Territoires en Résidences, nous demandons aux équipes de prototyper au moins un projet avant le terme de la résidence, de documenter leur travail sur un blog, et de s’assurer de la prise en main des projets par les communautés locales, ce sont les termes de ce protocole que nous essayons d’imaginer et de tester. Il est essentiel que tous les promoteurs d’interventions de ce type comparent leurs protocoles et les améliorent ensemble. Et que des "médiateurs" internes aux institutions y soient associés.

L’expérimentation est essentielle

Ces questions ne sont pas théoriques. C’est dans la pratique de terrain que des réponses peuvent être apportées. Or il nous manque des zones de test, des bancs d’essais, des territoires-pilotes où former les jeunes designers et les innovateurs sociaux, les médiateurs et agents de développement, les consultants, architectes, donneurs d’ordre, chefs de projets dans les collectivités... c’est une des options que nous étudions pour la suite de Territoires en Résidences. Mettre en réseau la quinzaine de terrains où nous aurons travaillé au terme de l’année 2010, voire l’élargir à d’autres pour en faire des lieux d’expérimentations permanents, en tout cas réguliers.

Quid du "design embarqué" ?

Toutefois, l’analyse de Geoff Mulgan répond au cas classique de la prestation externalisée, confiée à un free-lance ou une équipe externe. Mais que se passe t-il lorsque la fonction "social design" a été pérennisée, qu’elle a été créée au sein même de l’organigramme d’une administration ou d’une agence publique, comme au MindLab ou au SILK ? Suffit-il d’établir un protocole ou des indicateurs de succès pour que la fonction puisse jouer son rôle ? On manque encore de recul sur ce type de fonction, mais l’on sait qu’un de ses principaux écueils est de trouver une forme de positionnement mixte, "dedans/dehors" : dedans pour la proximité décisionnelle et le fait d’être au coeur de la machine ; dehors pour conserver une forme de liberté d’intervention et de neutralité. Nul doute qu’il faudrait se pencher sur la façon dont les entreprises ont intégré ce type de fonction depuis les années 90, ou exporer le fonctionnement de dispositifs comme le "Google Labs" pour comprendre comme les acteurs publics, à leur tour, pourraient s’en inspirer.


*Dans l’assistance, de nombreux projets passionnants :

  • Le "kit de design orienté humain", de l’agence IDEO (librement téléchargeable), ou comment permettre à tout un chacun de pratiquer le "social design"
  • L’Australian Centre for Social Innovation, financé par le gouvernment, a travaillé avec les habitants sur Melbourne en 2032, notamment sur le système alimentaire. On retiendra l’approche design IDEA (d’ailleurs protégée par un copyright !), dans laquelle nous nous retrouvons bien : "Immersion > Exploration > Intervention > Démonstration"
  • Le Living Labs de Malmö, consacré au "design for social innovation"
  • Une nouvelle agence anglaise de social design, fondée par des anciens de Participle : InWithFor.
  • Des designers qui travaillent sur l’articulation entre la ville et la campagne en Chine, en coordonnant les possibilités de développement des habitants des villages, en développant des échanges créatifs pour améliorer l’échange urbain/rural

Déc 16 2009

"Design des politiques publiques", à paraître en avril 2010

Billet publié par Stéphane Vincent dans la catégorie 27e Région
Tags: Design , Innovation , Politique publique

Nous en sommes fiers et nous bichonnons sa préparation : c’est "Design des politiques publiques", la première édition de notre ouvrage annuel. Il sortira au prix de 18 euros à la Documentation française en avril prochain. Anne Daubrée en coordonne toute la rédaction, le studio G.U.I, en collaboration avec Unefois2, peaufine la maquette, et la Documentation française nous fait l’honneur d’accueillir cet ouvrage au sein de sa prestigieuse maison. Un grand merci à Odile Coppey et à Guillaume Dumont pour leur appui et leur disponibilité...

En voici le pitch :

Le « nouveau management public », né au siècle dernier et inspiré du fonctionnement de l’entreprise, n’est plus adapté aux enjeux actuels, comme le changement climatique, la révolution numérique ou le vieillissement de la population. Ces défis imposent de transformer radicalement la façon dont sont conçues les politiques publiques, et d’aller au delà des méthodes participatives traditionnelles.

Parmi les pistes les plus fertiles figurent toutes les méthodes de co-conception de l’action publique, en constant renouvellement.

Cet ouvrage décrit une trentaine d’initiatives récentes, qui puisent dans le design et l’anthropologie, l’innovation sociale et les logiques d’émancipation, la culture technologique et les arts urbains, l’univers du sensible et de la créativité. Ces projets, dont plusieurs ont été menés sous l’égide de la 27e Région, visent par exemple à ouvrir l’école à la société, lutter contre l’isolement rural, ou répondre aux défis énergétiques.

Pré-achat et renseignement possible grâce au formulaire en téléchargement :

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mai 28 2009

Royaume Uni : le design du retour à l’emploi par Live work

Billet publié par Anne Daubrée
Tags: capacitation , Design , Emploi , Europe , Innovation

Du chômage au marché du travail, il peut y avoir de nombreuses embuches : l’alcool, la présence d’une personne handicapée dans la famille, des problèmes conjugaux… Quand ces spécificités disparaissent sous les statistiques et les « cas moyens », les politiques publiques ont peu de chances d’être efficaces. C’est l’analyse de Live Work, une agence de design londonienne qui travaille pour le secteur public et le secteur privé, dans les domaines du transport, de la santé, du développement économique. L’agence a reçu la 27e région au cours de son voyage d’étude sur l’innovation sociale au Royaume-Uni. Ils nous ont exposé leur méthode : observer des cas réels, puis, sur cette base, dessiner des trajectoires d’individus, étape par étape, pour ensuite, proposer des services co-designés avec leurs utilisateurs, en réorganisant les services existants.

L’individu en première ligne

En 2007, un an durant, l’agence a travaillé avec la ville de Sunderland, au nord de l’Angleterre, où sévit un fort chômage. Sur les 37 000 demandeurs d’emplois que compte la ville, 5000 seulement cherchent activement de travail. L’objectif consistait donc à les rapprocher du marché du travail. Première étape, « nous avons travaillé avec les gens, pour comprendre leurs expériences. Nous ne voyons pas plus de quinze personnes. A partir de leur vécu, nous retraçons les étapes qu’ils doivent franchir pour pouvoir avoir une démarche vers l’emploi » explique Daniel Letts, consultant à l’agence. Exemple : améliorer la santé et remotiver une personne droguée. Le processus mixe entretiens et observations sur le terrain pour générer une véritable « cartographie » du parcours, qui permet à l’équipe de générer des idées de service.

Des services redesignés

L’agence travaille aussi avec les organismes qui gravitent autour des questions de l’emploi et, plus généralement, de l’insertion, la santé ou la drogue. « Nous avons observé qu’il existait plusieurs structures qui fournissaient des services, mais de manière non connectée, non compréhensibles pour les utilisateurs. » commente Daniel Letts. L’agence a donc organisé 5 événements avec ces services pour faire en sorte que les différentes étapes du parcours soient reliées, sur la base de documents qui « matérialisent » les parcours des individus. « Cela n’implique pas de grands moyens technologiques, c’est surtout du management entre les différentes structures qui doivent se coordonner » conclut Daniel Letts. Au terme du processus, l’équipe a proposé un modèle de fonctionnement, avec des spécifications sur la manière de l’implémenter et de le faire durer. Le projet a couté 250 000 livres. Au terme de l’année test, sur les 1370 personnes suivies, 276 ont retrouvé un emploi. Une opération rentable, au regard du coût économique et social d’un demandeur d’emploi, estime l’agence. Le programme devrait normalement être reconduit sur trois ans.

mai 24 2009

La 27e région organise le marathon londonien de l’innovation sociale

Billet publié par Anne Daubrée dans la catégorie 27e Région
Tags: Design , Innovation , social

C’est un véritable marathon de l’innovation sociale que nous avons mené à Londres, du 11 au 13 mai. Pour son premier voyage d’études, la 27e région, aidée de User Studio pour l’organisation du séjour, est partie à la rencontre des innovateurs sociaux britanniques. Objectif : découvrir principes et techniques novatrices de politique publique, pour nourrir nos propres réflexions. Lundi matin : Tout le monde se retrouve sur le quai de l’Eurostar, à Paris : avec nous, des représentants du Limousin, du Nord-Pas-de-Calais, de la Bourgogne, d’Aquitaine et Champagne Ardennes et aussi des membres de la Fing et d’une représentante d’Orange Lab et une étudiante de l’ École Nationale Supérieure de Création Industrielle. En tout, une vingtaine de personnes. 7h43, le train démarre, on se réveille en consultant le programme – dense - des trois jours à venir : treize rencontres avec les acteurs de l’innovation sociale. Le programme complet est ici.

Un accueil chaleureux

A Londres, c’est tout d’abord Catherine Fieschi, de Counterpoint, le think tank du British Council, organisme de "diplomatie culturelle » indépendant, et qui nous avait aidé à préparer ce voyage, qui nous accueille chaleureusement. Elle nous dresse un panorama de l’innovation sociale au Royaume –Uni : Après dix ans de Tatchérisme et de privatisation de services public, un gouvernement Blair qui a tenté de remettre en état les infrastructures publiques, Gordon Brown a initié un nouveau tournant, en 2001, donnant plus de moyens aux agences indépendantes. C’est l’avènement de l’innovation sociale, avec l’expérimentation de nouvelles méthodes pour répondre aux besoins sociaux.

Toutes les agences qui les pratiquent partagent des grands principes, comme la participation des individus à la définition des services qui les concernent, la nécessité d’avoir une démarche de design de service, et la conviction que les personnes doivent être « mis en capacité », rendus maitres de leurs décisions et acteurs dans leurs relations avec les organismes publics. Chacun nous exposera les détails de sa méthode, au fur et à mesure des rencontres. Sophie Parker nous parle de l’un des projets les plus aboutis, le Silk, laboratoire de politiques publiques qu’elle a fondé pour le comté du Kent, et qui attirait notre intérêt depuis longtemps. Direction ensuite le Design Council, agence nationale du design, chargé des sa promotion dans le domaine des services. Nous y apprendrons notamment qu’après l’opération DOTT07 (Design of the times 2007) organisé dans la Région du North East England, et qui avait un peu inspiré notre travail sur Territoires en Résidences, un DOTT09 est en préparation dans la Région des Cournouailles.

La mécanique de l’innovation au scalpel

Mardi et mercredi, nous rencontrons plusieurs de ces agences (sociétés privées, ou organismes à but non lucratif) et think thank qui pratiquent l’innovation sociale, comme Participle, Think public, Live work, Engine design service, ou encore In control et la Young Generation.

Le contact avec les équipes est toujours chaleureux. Elles décortiquent leurs projets, pour nous expliquer leurs méthodes. Certaines nous reçoivent dans leurs locaux : espaces de travail informel, touches d’humour et de créativité avec Playmobils à l’entrée, en guise en hôtesses d’accueil chez Engine Design service, et nounours déguisé en Bobbie chez Think public. Mais surtout, au mur, des photos de groupes de personnes entrain de discuter, de travailler ensemble. Envolée de ballons bleus, par exemple, sur les photos de Think public. Ce sont des « ballons de vote » lancés par des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer. L’équipe de l’agence nous explique , comment elle a travaillé avec eux pour élaborer des services les concernant. Engine design service nous raconte, elle, comment elle a travaillé avec des agents de maisons de services publics, pour améliorer le fonctionnement de ces institutions. Live Work nous parlera de l’importance d’une approche par des cas individuels et de l’apport du design, dans son projet d’accompagnement des chômeurs très désocialisés vers une recherche d’emploi. Engine Design Service reviendra sur les suites données au projet "Our New School", dans lequel toute la communauté locale avait été associée à l’avenir du collège de la ville de Walker -voir l’interview que nous avons réalisée de Steve Lee, ci-après.

Rencontres à suivre

Geoff Mulgan, de la Young Generation, un think thank historique sur le sujet, ou Charles Leadbeater, pour l’agence Participle, nous ont eux plutôt livré leur analyse de ce qu’est l’innovation sociale, des conditions de la réussite des projets (par exemple, savoir faire le lien entre les autorités, qui peuvent initier des projets, et ceux qui ont la volonté de les porter, sur le terrain) et de leur diffusion : comment faire pour que l’innovation sociale devienne un projet politique global ? Des questions dont ils discutent aussi, car c’est loin d’être le cas aujourd’hui, même au Royaume-Uni. De fait, nos interlocuteurs étaient aussi très curieux de savoir ce qui se passait en France aussi, et avides de comparaison. Rencontrer des personnes, dont certaines étaient porteuses de projets que nous suivions déjà, comme le Social innovation camp et tisser des liens qui nous permettront de continuer à échanger de façon fructueuse. C’est l ‘un des grands apport de ces rencontres. Geoff Mulgan, par exemple, nous a signalé une rencontre internationale des innovateurs sociaux, qui se tiendra à Lisbonne en décembre prochain. Après quoi, nous sommes repartis au pas de course, direction la gare. Avec en tête, de nouveaux questionnements et de nouvelles idées.

Charles Leadbeater, comparant eBay à l’organisation des services publics...

En marge du voyage

* UsNow, un film d’un ethocinéaste, Ivo Gormley, était projeté en public, le 12 mai. Se basant sur différentes histoires comme celle d’un étudiant qui part voyager chez des inconnus rencontrés via internet, ou d’une équipe de foot gérée par des Internautes, ce film explore toutes les potentialités positives issues du développement de nouvelles relations entre les individus sur Internet. Avec un pari volontairement optimiste : celui d’une société de la confiance, dont le film analyse finement les mécanismes. Et une question : quelles évolutions pour nos démocraties ? Les hommes politiques interviewés dans le film sont bien en peine d’y répondre. La 27e région prévoit de projeter le film, le 9 juin, à Paris.

** Le Cabinet office, un service support du gouvernement, sur les processus publics, avait invité la 27e région à participer à une journée de réflexion sur la réforme des services publics. Le 14 mai, nous y avons rencontré le quasi homologue de la 27e région, le service design authority , rattaché au cabinet office.

La liste complète des participants . Francine BAVAY, vice-présidente , Région Ile-de-France , Claire BERNARD, Directrice des études , Association des Régions de France Sylvie DEPRAETERE, Assistante auprès de la délégation du SRADT , Région Nord-Pas de Calais Hubert GUILLAUD, Rédacteur en Chef , Internet Actu Pierre-Jean LORENS, Directeur développement durable, prospective, évaluation , Région Nord-Pas de Calais Thierry MARCOU, Chef de projet "Villes 2.0" , Fondation Internet Nouvelle Génération Matthew MARINO, Designer , UserStudio Muriel MARTIN-DUPRAY, Directrice générale adjointe , Région Champagne-Ardenne Sylvie CHAPPELET, Chargée de mission Économie Sociale et Solidaire , Région Limousin Céline COLUCCI , Lyons-Infocités Anne DAUBRÉE, Veille , la 27e Région Christian PAUL, Vice-Président , Région Bourgogne Denis PELLERIN, Designer , UserStudio Bertrand RIGAL, Chargé de mission TIC Région Champagne-Ardenne Carole-Anne RIVIÈRE, Chef de projet "Plus longue la vie" , Fondation Internet Nouvelle Génération Romain THÉVENET, Chargé de mission design de services , La 27e Région Sophie TROUILLET, Développement culturel , Grand Projet des Villes Bassens - Cenon - Floirac - Lormont Stéphane VINCENT, Directeur de projet , la 27e Région Mathilde SARRÉ-CHARRIER, Responsable de l’Objet Recherhce Futurology , Orange Labs Charlotte RAUTUREAU, Responsable Europe, la 27e Région Laura PANDELLE, étudiante , École Nationale Supérieure de Création Industrielle (ENSCI) - les Ateliers

mai 18 2009

Rencontre avec la Cité du design

Billet publié par Romain Thévenet dans la catégorie Divers
Tags: Créativité , Design , Innovation , Rhône Alpes

Mardi 28 avril, de passage à St Etienne, j’en ai profité pour rencontrer les acteurs de la recherche en design au sein de la Cité du design à St Etienne.

Nous avons eu une riche discussion sur les possibilités de collaborations qui s’ouvraient à nous. Etaient présentes : Marie Haude Caraës, directrice de la recherche à la Cité, Caroline Goux, Camille Villain et Blandine Favier. Nous ont rejoint également Fanny Herbert et Julie Bernard, deux des résidentes pressenties pour la résidence au lycée Gabriel Fauré à Annecy.

des point communs

Ce qui nous a frappé d’abord a été la complémentarité de nos méthodes de recherche.

_Comme nous, la Cité du design organise des expériences de terrain dans différents programmes qu’elle met en place. Le projet "précarité énergétique" par exemple associe des binômes sociologue / designer ou architecte pour travailler en immersion au sein de différents foyers, et étudier les usages que les habitants font de l’énergie. Fanny Herbert intervient dans ce projet. Le programme se fait en trois temps qui durent d’une heure à une journée, répartis sur trois saisons afin d’avoir une vision de l’évolution dans le temps de cette consommation énergétique. L’analyse des résultats de cette immersion sera effectuée par la cité du design et différents designers travailleront ensuite sur des propositions de projets à partir de ces analyse. Un autre exemple : un workshop va être organisé dans le centre social "Henry Matisse" à Rive de Giers pour faire travailler en immersion des designers à l’aménagement de nouveaux locaux.

_La Cité met en place des programme de recherche qui recoupent des problématiques qui touchent les sujets que nous traitons. L’équipe de recherche coordonne différents recensement de projets et états des lieux sur des thématiques qui nous intéressent : la question énergétique, par exemple que nous serons probablement amenés à traiter à Poitiers. Une identification des projets de designer ou d’architectes en milieux scolaires est en cours aussi, pour laquelle nous pourrons apporter l’expérience de la résidence à Revin, et dont nous pourrons nous servir pour construire les prochaines résidences en lycées.

_Enfin, la cité coordonne la valorisation de ces travaux avec différentes publications, expositions et formations. Caroline Goux a par exemple proposé une formation autour de la découverte du design auprès de 80 enseignants pendant la Biennale. Ce qui fait naturellement écho au programmes de formation que nous voudrions mettre en œuvre pour les élus et techniciens régionaux.

Des possibilités d’échanges ou d’action commune

D’abord le croisement des expériences et des projets semblent bien sûr pertinents pour nous nourrir les uns les autres de nos travaux respectifs.

Caroline Goux ou Marie Haude Caraës pourrait intervenir dans le cadre des réunions interrésidences, pour nous apporter leur point de vue sur ces expériences, et tout particulièrement sur la résidence à Annecy.

L’idée d’une résidence à la gare de Carnot qui jouxte la Cité du design a également été évoquée rapidement.

_Certains projets conçus par la 27e Région pourraient également être exposés durant la Biennale du design 2010. Le sujet évoqué pour l’instant est la "téléportation". Les réflexions sur la téléprésence que nous menons avec nos collègues de la Fing pourraient s’inscrire dans cette exposition.

_Pourrait-on également aider la cité à transformer leurs expériences en enseignements politiques pour les élus, dans la logique de ce que nous faisons avec les résidences .

_Enfin, et ce n’est pas négligeable, la Cité du design croise et fait intervenir un grand nombre de designers, d’architectes, de sociologues… qui peuvent être des candidats potentiels à nos résidences.

En résumé, de nombreuses possibilités d’échanges et de constructions communes s’ouvrent à nous, dont nous devrions bientôt pouvoir voir le jour. L’idéal pour nous serait désormais de rencontrer l’ARDI à Lyon qui travaille également sur les questions de design en Rhône-Alpes afin de reboucler avec l’action régionale.

Avr 2 2009

Pays de la loire : des lycées différents, à penser différemment

Billet publié par Stéphane Vincent
Tags: Architecture , Design , Innovation , Lycée , Pays de la loire , prospective , Territoires en résidences

Réunion de travail très intéressante ce mardi 31 mars avec la Région Pays de la Loire, au sujet des lycées. Les participants étaient Dominique Roynette, directrice de la communication, Marion Laporte, chargée de mission Design, Jean-Charles Ringard, directeur de l’Education, Romain Thévenet, chargé de mission design à la 27e Région, et moi-même. Nous examinions ensemble la possibilité de mener une première expérience en résidence, à l’image de celle que nous conduisons déjà au lycée Jean Moulin à Revin, avec la Région Champagne Ardennes.

Comme dans toutes les régions, la question des lycées est essentielle ; c’est, de plus, l’un des plus importants budgets des Régions (400 millions d’euros en Pays de la Loire de 2006 à 2010).

Un lycée différent, à penser différemment

A son arrivée en 2004, la nouvelle majorité a proposé de réviser en profondeur la façon dont la création ou la rénovation des lycées était conçues. Jean-Charles Ringard a du totalement revoir le fonctionnement en vigueur. Pas de changement sans concertation, tout d’abord : un groupe de suivi des usagers, réunissant 15 à 20 personnes représentant la communauté éducative, est dorénavant mis en place le temps du projet, et il suit les travaux. Un comité de pilotage est constitué pour tous les chantiers "lourds". Création d’un schéma directeur fonctionnel, ensuite : l’idée consiste à voir le lycée comme un processus complexe, qu’il faut penser dans son ensemble (quelle est l’incidence de la rénovation d’un internat sur le reste de l’établissement, par exemple ? comment repartir de la façon dont vivent les internes pour repenser l’impact sur le fonctionnement du lycée ?). La définition de priorité en matière de rénovations, également : en l’occurrence, les élus souhaitent dorénavant privilégier le lycée professionnel, mettre l’accent sur la vie sociale des jeunes, sur la place de l’internet dans l’établissement, sur les conditions de vie des enseignements et des agents, ou encore sur le développement durable et les enjeux énergétiques. Enfin, la Région souhaite une bonne concertation avec le Rectorat, avec le corps enseignants, les architectes des services de l’Etat, etc.

Si l’objectif central demeure d’améliorer la réussite scolaire des lycéens, les enjeux qui traversent le lycée sont de plus en plus nombreux : Comment amener le lycée à l’éco-responsabilité ? (Fin octobre prochain, il est prévu de lancer une démarche visant à tester des premières démarches en janvier 2010 et à proposer un accompagnement, facteur clé d’un tel projet ; à noter que les CFA devraient également être l’objet d’Agendas 21) ; Comment penser les fonctions du lycée aujourd’hui et demain ? l’accueil, l’internat, le CDI, un pôle scientifique, un positionnement international, etc ?

En fait, le lycée est la partie visible d’un processus complexe, dans lequel l’architecture et l’aménagement des espaces sont essentiels (et souvent en échec), mais pas suffisants pour saisir la vie au lycée du point de vue de l’expérience du lycéen, du professeur, du parent d’élève... c’est cette expérience globale qu’il faut comprendre, du moment où l’élève prend le bus jusqu’à son retour à la maison, des dimensions physiques aux dimensions immatérielles, culturelles et sociales, du fonctionnement du lycée jusqu’à son insertion dans la ville et la société, etc.

De nouveaux lycées programmés

La Région Pays de la Loire va devoir traiter de tous ces enjeux et de bien d’autres encore dans quatre nouveaux lycées programmés : l’un est en pré-programme à Pornic, et trois autres projets vont être lancés, en particulier à à Clisson en 2013, à Beaupréau en 2014 et sur l’île de Nantes en septembre 2014. Toutes ont des résonances territoriales fortes : Clisson accueillera 600 lycéens en enseignement professionnel, bâtiment respectant les normes d’éco-construction, etc ; l’établissement de Beaupréau, qui passe par un travail intensif avec la communauté de communes et dont le rôle en termes d’aménagement du territoire sera important ; l’établissement prévu sur l’île de Nantes, enfin, particulièrement emblématique : un projet à 66 millions d’euros, 1 400 élèves, avec un effort tout particulier en matière de handicap, à vocation tertiaire et tout spécialement tourné vers l’international (BTS trilingue, internat ouvert toute l’année, etc)

Alors, que pourrions-nous faire ensemble ? Les propositions sont nombreuses et tout à fait réjouissantes. Jean-Charles Ringard nous propose d’expérimenter un travail d’immersion dans l’un ou plusieurs de ces projets dans le cadre de Territoires en Résidences, mais aussi de prendre part à un séminaire de prospective sur le lycée du XXIe siècle, qui devrait notamment associer l’Ecole de Design Nantes Atlantique, ou encore le GERS. L’objectif donné à ce groupe est de faire le "saut créatif" afin d’imaginer les scénarios les plus innovants. Il s’agit aussi d’imaginer les conséquences de ces nouvelles approches sur les cahiers des charges, et sur la façon de faire évoluer les critères d’évaluation des projets de nouveaux établissements ou de rénovation.

Prochaine étape : la commission Education de la Région Pays de la Loire, ou nous serons invités à présenter nos expériences au sein des lycées.

Mar 24 2009

Première semaine de résidence

Billet publié par Romain Thévenet dans la catégorie Education / formation
Tags: Architecture , Champagne-Ardennes , Créativité , Design , Lycée , prospective , Territoires en résidences

La semaine dernière a eu lieu la première résidence dans un lycée des Ardennes, le lycée Jean Moulin à Revin.

Nous avons passé une semaine en immersion, en dialogue constant avec les différents "habitants" du lycée : les lycéens, les professeurs, le personnel, les parents d’élèves et certaines personnes extérieures à l’établissement. Ceci dans le but d’imaginer de nouvelles fonctionnalités au "lycée de demain".

Un blog spécifique a été créé : www.territoiresenresidences.net où vous pourrez retrouver l’actualité et le déroulement de chaque résidence. Nous continuerons de publier des points d’étape sur le blog de la 27ème Région mais le détail des expérimentations sera publié sur ce nouveau blog.

Le Campus Wall

Parmi les réalisation de cette première semaine, un espace d’affichage conçu comme un "Wall", un mur où chaque "habitant" du lycée peut informer ou s’informer de l’actualité de l’établissement. Nous l’avons baptisé "Campus Wall" pour essayer de se défaire de l’image de la cité scolaire, et imaginer un campus, comme un centre d’activité tourné vers l’extérieur.

Une communication permanente

Le blog a été un bon moyen pour communiquer sur l’avancée de nos travaux. Nous avons également construit un espace d’affichage à l’intérieur du lycée, à côté de la salle où nous travaillons. Nous avons présenté les scénarios prospectifs d’ouverture du lycée vers l’extérieur, que nous avions imaginés en début de semaine, ainsi qu’une sélection de photos présentant à la fois des vues de bâtiments du lycée, et des moments de travail de notre équipe.

La deuxième semaine de résidence sur le "Campus de Revin" aura lieu du 6 au 10 avril. D’ici là, une présentation "inter-résidences" a été programmée, pour nous apporter un regard extérieur sur ce travail en cours, et nous permettre de prendre du recul avant de continuer l’expérimentation.

Fév 6 2009

Présentation de la 27ème Région au CNFPT de Toulouse

Billet publié par Romain Thévenet dans la catégorie Modernisation administrative
Tags: dématérialisation , Design , Midi Pyrénées

Jeudi, je participais à la 3ème Conférence sur la dématérialisation au Centre National de la Fonction Publique Territoriale CNFPT de Toulouse organisée avec l’ARDESI Midi Pyrénées et l’OTEN

La dématérialisation n’est pas qu’une affaire de technologie. La matinée était riche en présentations à la fois techniques et généralistes. Présentation stimulante de Serge Bergamelli, Directeur du Département "Equipement Numérique des territoires" de la Caisse des Dépôts (par ailleurs membre du conseil d’orientation de la 27ème Région), qui a remit la question de la dématérialisation dans une perspective plus large d’accès au services administratifs par les citoyens. Il a insisté notamment sur le fait que les citoyens, en tant qu’usagers des services publics étaient de plus en plus exigeants quant à la qualité de leurs services. Le défit pour les collectivités est désormais d’apporter des services de qualité équivalente à ceux de la Fnac ou d’E-bay, ce qui signifie selon lui, de mieux prendre en compte les besoins des citoyens. Or partir du citoyen revient à défaire l’organisation en silos propre à l’administration. Les collectivités locales sont le guichet de proximité du citoyen, ce qui les place au cœur des grands enjeux de modernisation. Il a conclut en affirmant que "les collectivités locales sont désormais les ’entrepreneurs de l’innovation’ pour accélérer la modernisation et répondre aux besoins des ’générations internet’". Une perspective qui va dans le sens des actions de la 27ème Région.

Le design de services par la 27ème Région Pour ma part, j’ai axé ma présentation sur le "design de services" en expliquant comment la méthodologie du designer industriel pouvait être appliquée à l’action des collectivités locales dans une perspective d’innovation à la fois numérique et sociale. Vous pouvez retrouver mon diaporama ci-dessous :

Un Explorcamp pour découvrir des solutions de dématérialisation L’après-midi, un Explorcamp (atelier de démonstration de services internet) a permis aux techniciens territoriaux présents de découvrir des solutions en ligne pour leurs collectivités. Dans un mode proche du "speed dating" différents porteurs de projets présentent leurs solutions à une dizaines de participant par table. Au coup de gong, les participants changent de table pour découvrir un autre projet. Une excellente initiative d’un format original pour rencontrer différents prestataires et apprécier leurs solutions.

Fév 5 2009

Région Estremadure : L’imagination comme projet politique

Billet publié par Stéphane Vincent
Tags: Créativité , Design , Innovation , Politique publique

Présentation épatante dans nos locaux (voir les slides plus bas), hier, d’Annabelle Favreau, chargée des relations internationales d’Iniciativa Joven (tout simplement "Initiative Jeune"), l’agence régionale de l’Estremadure chargée de faire de la créativité des jeunes le moteur du développement régional, placé sous l’égide du Ministère régional de la Jeunesse et des Sports... Annabelle venait tout spécialement d’Espagne, pour un public constitué de représentants de Régions, d’élus, de designers, créatifs et innovateurs sociaux venus d’Ile de France, Pays de la Loire, Nord Pas de Calais, Poitou Charentes, Limousin, et Champagne Ardenne, pour débattre avec elle. Aux côtés d’Annabelle intervenait le non moins enthousiasmant Guy Aznar, praticien renommé de la créativité, qui a formé la première équipe d’Iniciativa Joven à ses débuts. Guy est Président de l’Association française pour le développement de la créativité, qui regroupe la plupart des spécialistes français de créativité.

Iniciativa Joven, c’est d’abord une volonté politique : celle de Juan Carlos Rodríguez Ibarra, président socialiste de la Région de 1982 à 2007. L’objectif, dans cette vaste région aux forts contratses du sud-ouest de l’Espagne : promouvoir un nouveau modèle de développement qui repose sur l’imagination, la créativité et l’innovation des jeunes. L’histoire débute en 2004, quand la Région encourage la création d’une petite équipe pluridisciplinaire. Passée en quelques temps à 35 personnes, l’agence est devenue un établissement public et travaille maintenant avec un budget annuel de 4 millions d’euros, entièrement pris en charge par la Région.

Principal mot d’ordre : expérimenter ! se tromper, recommencer...et avancer pas à pas. Et pour multiplier les expériences à grande échelle, l’équipe s’est enrichie de plusieurs départements : production (création d’événements, design, communication visuelle), orientation et accompagnement (premier contact avec les entreprises), documentation générale, économie (recherche de financement, plan d’affaires), et sans doute le plus spectaculaire : le département imagination, animé par un pédagogue, un sociologue, un psychologue, un économiste, un professeur de primaire... Car c’est l’incroyable diversité des profils qui fait la richesse de l’agence : ils sont designers, informaticiens, mais aussi artistes de cirque, agriculteurs bio, biologistes, journalistes, psychologues, économistes, et souvent musiciens, photographes à leurs heures....

Pour Annabelle, "quatre piliers fondent la créativité : la perception (identifier des problèmes ou des thèmes de départ), l’imagination (c’est à dire, être capable de visualiser les choses), la créativité (les concrétiser), et l’innovation (leur trouver une utilité)." C’est à partir de ces principes que depuis sa création, Initiativa Joven multiplie les opérations créatives. Citons par exemple :

  • Chaque année depuis 4 ans, un concours de créativité est mis en place dans les lycées ; chaque année, 177 lycées y ont participé, 3500 lycéens s’y sont inscrits. Des professeurs sont formés ainsi que les agents locaux de développement, qui sont associés à l’opération.
  • Le programme national « Jeunes entreprises européennes », qui a été confié à Iniciativa Joven pour la région Estremadure, vise à simuler entièrement la création et la gestion d’une entreprise pour en comprendre tous les mécanismes et se familiariser avec l’entreprenariat ; 150 lycées y participent cette année, 193 professeurs et quelque 5000 lycéens !
  • "La Pasta" : en argot espagnol, les pates, mais surtout, le "fric" ; la Pasta est une rencontre organisée entre des créateurs, et des partenaires financiers, sur un mode créatif et stimulant ;
  • Nous avions déjà évoqué le Coffe-Break dans un billet récent ; Annabelle la résume ainsi : "Puisqu’on sait qu’il n’y a qu’au moment du café que les gens peuvent se parler durant les séminaires, n’organisons plus des séminaires, mais des pauses café !" ; on notera également que les intervenants VIP des coffee break reçoivent en guise d’invitation, à leur domicile...un croissant tout frais :-)
  • Dès la dernière année d’école primaire, Iniciativa Joven stimule l’esprit d’entreprendre en aidant 4 professeurs dans chaque école à intégrer la créativité et l’innovation dans leurs propres matières... 6 écoles de stimulation de la créativité répartis sur le territoire sont également mis à contribution dans ce projet ;
  • Iniciativa Joven fait travailler les jeunes sur des scénarios prospectifs sur l’Estramadure : ceux-ci sont invités à imaginer leur avenir dans la région à travers des textes, des images, des illustrations
  • Un programme Erasmus pour les jeunes entrepreneurs : en participant à ce programme, les jeunes créateurs enrichissent considérablement leurs visions, reviennent avec une expérience unique et de nombreux contacts pour développer leur projet ;
  • Iniciativa Joven a développé le concept de "centre international d’innovation et d’activités physiques de nature" en cours de lancement ;
  • La recherche sur la créativité fait partie des activités Iniciativa Joven : en lançant le programme Icosystem, Initiativa Joven cherche à concevoir des critères qui permettraient d’évaluer le potentiel de créativité d’un territoire ;

Etonnant programme...il faut lire le "manifeste de l’imagination" lancé par la Région en 2004 pour comprendre tout le potentiel de ce projet politique. Quand on lui demande comment faire l’évaluation d’une politique en faveur de la créativité, Annabelle répond qu’on peut certes le faire en termes économiques (emplois et entreprises créées, etc) mais qu’il s’agit surtout d’un projet de transformation d’ordre culturel et éducatif, qui prend la question du développement à la racine. "Aider l’entrepreneur comme on le fait généralement est déjà trop tard, résume t-elle. C’est l’esprit d’invention et de création qu’il faut traiter, bien plus en amont". En fait, tout indique que ce type de projet transforme radicalement l’action publique, par l’effet d’entraînement collectif qu’il génère, par la transversalité totale qu’il mobilise, qui une fois de plus remet en cause la "mise en silos" des politiques publiques ; s’agit-il d’un projet économique, éducatif, social, culture, d’aménagement ? dans quelle case les acteurs publics pourraient-il bien ranger une telle politique ? A quoi ressemblerait une administration ayant appris à fonctionner ainsi, à fonctionner vraiment sur un mode expérimental, et à créer des dynamiques réellement collectives ? Il y a décidément beaucoup à apprendre de ce type de projet, et nous nous emploierons à le faire dans les prochains mois.

Dès aujourd’hui, Iniciativa Joven souhaite échanger avec d’autres régions françaises et européennes, construire des partenariats, et nous serons ravis si nous pouvons y apporter notre contribution. Plusieurs idées de projets sont en discussion, autour de la créativité au lycée, d’un réseau social de la créativité, et d’un événement européen autour de créativité. Bref, une affaire à suivre de très près...

La présentation d’Annabelle Favreau :

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