Régions 2028 : la 27e Région fait son off (2/2)
Billet publié par Stéphane VincentTags: alimentation , Citoyenneté , Créativité , Energies , Lycée , prospective , Provence Alpes Cote d’Azur , rural
Suite et fin de notre billet consacré à l’exercice de prospective en "backcasting" que nous avions organisé à l’occasion du 5e Congrès des Régions en décembre dernier. La vidéaste Marguerite Fouletier en a tiré cette vidéo, qui reprend les meilleurs moments de cette journée et du Off.
Pour revivre également cette journée et les projets qui en sont sortis, on peut aussi télécharger ce document qui décrit en détail les 24 projets, du « new deal interrégional » aux « fabriques de l’innovation citoyenne ». Et pour arriver au chiffre de 27, l’équipe de la 27ème Région a concocté en exclusivité trois projets supplémentaires ! Dans une seconde partie, la méthode prospective et créative utilisée lors de cette journée est décrite en détails, accompagnée de notre appréciation sur le déroulement de l’exercice. Cette journée « Off » du congrès des Régions » a été conçue avec l’aide du bureau Strategic Design Scenarios.
A télécharger : Vers une citoyenneté augmentée, bilan d’une résidence conduite à Rennes
Billet publié par Stéphane Vincent dans la catégorie 27e RégionTags: Créativité , Innovation , Quartier , technologies de l’information , Territoires en résidences
Que faire des réseaux sociaux ? Dans la jungle des Facebook et autres Twitter, y a t-il de la place pour des usages collectifs et sociaux, utiles à la société ? C’était le thème d’une nouvelle résidence conduite avec la Région Bretagne, l’association Bug et en complicité avec la Ville de Rennes. Aux commandes : une équipe constituée de Jacky Foucher, designer, agence créative Grrr, Pierre Cahurel, designer, agence créative Grrr, Catherine Jourdan, artiste, collectif La Glacière, et Margot Lebrin, designer-stagiaire, agence créative Grrr.
Aujourd’hui, environ 1 600 rennais sont inscrits à laruche.org, le réseau social concocté par l’association Bug. Quelle alternative citoyenne est possible, à côté des réseaux sociaux à vocation commerciale et publicitaire ? Après une série d’ateliers, de visites et d’entretiens, l’équipe a proposé que la réflexion s’articule autour de quatre axes : une représentation de la communauté accessible à tous, un contenu à la fois informatif et sensible, un responsable identifié et force de propositions et une présence dans l’espace physique.
Au final, trois expériences ont été tentées. La première concernait l’affichage de la carte de « la Ruche » dans le réel, sur des panneaux urbains et bientôt dans le magazine municipal. La seconde a porté sur le « partage de souvenirs » : avec la complicité des agents municipaux, les premières phrases de récits écrits par les habitants ont été imprimées sur le bitume, dans quelques quartiers ; chacun peut ainsi lire la suite en allant sur le réseau social. Un service de co-voiturage a été également testé et des panneaux d’information plantés aux abords de lieux de stationnement sauvage. Par ailleurs, quatre autres projets ont été maquettés, intitulés respectivement : ma bulle publique, le calendrier commun, le label Ruche et des groupes « vraiment » publics.
Tous les projets menés dans le cadre de Territoires en Résidences peuvent être suivi en temps réels sur ce blog, et donnent lieu à une publication. Notre première résidence menée au Lycée Jean Moulin de Revin a donné lieu à un premier livret, et d’autres sont sur le point d’être publiés.
Régions 2028 : la 27e Région fait son off (1/2)
Billet publié par Anne DaubréeTags: alimentation , Citoyenneté , Créativité , Energies , Lycée , prospective , Provence Alpes Cote d’Azur , rural
En marge du Congrès des Régions de Marseille, élus, agents et créatifs inventent les outils de la politique publique de demain, et une nouvelle méthode de travail pour tout de suite...
Une soixantaine d’élus, agents, designers, architectes, chercheurs… se retrouvent à l’hôtel Vertigo, à Marseille, le mardi 8 décembre au soir. La 27e Région les a invité à participer à la journée de travail créatif qui se tient le lendemain. Mais, ce soir, c’est d’abord l’occasion de faire le point sur l’année qui vient de s’écouler, en particulier sur le programme "Territoires en résidences". Tour à tour, les équipes présentent rapidement les résidences. Il y en a 7, plus une… celle du « Laboratorio per l’innovazione », que Maurizio Giambalvo va présenter, venu spécialement de Palerme. Un livret de présentation des résidences est diffusé aux participants (librement téléchargeable ici). La soirée se poursuit par des discussions, dans une ambiance tranquille et conviviale. La preuve en photos.

Sortie en Boate
Mercredi 9 décembre. A 9 h, les participants se retrouvent à la Boate, ce tiers lieu marseillais, à quelques pas du vieux port. Après le café, tout le monde se rassemble au fond de la salle, dans la pièce libérée de ses meubles. On s’assied par terre et assiste à une revue de presse du 9 décembre...2028. Les infos défilent, sur fond d’images bricolées : Gros titre : « Les élus du Grand Paris partent en voyage d’étude sur le plateau de Millevache,” pour s’inspirer de leur maniere de vivre ensemble. Autre info : on fête le 10e anniversaire du pôle alimentaire multimodal, qui marque la fin d’une époque où les AMAP étaient considérés comme une curiosité….
A travers ces histoires inventées (qu’on pourra retrouver en détails sur Flickr), différents défis et enjeux sociétaux auxquels sont confrontées les régions sont abordés : énergie, éducation, gouvernance, alimentation, usages des technologies, créativité, participation… mais on ne va pas regarder des vidéos toute la journée ! Stéphane Vincent, Romain Thévenet et François Jégou présentent les règles du jeu. L’objectif : imaginer comment cet avenir "souhaitable" est-il arrivé, quels projets, quelles politiques publiques, quelles étapes ont été nécessaires pour l’atteindre...
Huit groupes sont constitués, avec, pour chacun, un expert, un designer, et six autres personnes qui vont remuer ensemble leurs méninges toute la journée. Chaque groupe part s’installer dans une îlot créatif, composé de murs de papier, conçu par le designer Jean Couvreur. Au centre, une table. Dessus, un rouleau déroulant de paper-board. Stylos et post-it multicolores complètent l’équipement… C’est parti.
Pause créative ?
“La pause créative”, qu’est ce que cela évoque pour vous ? “pause café”, “ moment de détente”… le premier mur de l’îlot se recouvre de post-it. Ce groupe a été invité à réagir à un article qui relate le succès des “ pauses creatives” dans la société. Qu’apportent ces pauses ? Qu’est ce qui les limite ? Un autre mur se recouvre de post-it. Autour de la table, on renverse le sujet. Un concensus se forme : le concept de “pause créative” n’a pas vraiment de sens dans une culture où la créativité n’est pas vraiment reconnue. C’est plutôt à la façon d’irriger la société de créativité qu’il faut réfléchir… Dans l’îlot voisin, on s’interroge sur la manière de gérer au mieux l’omniprésence des technologies dans la vie quotidienne. “ A Angers, un bailleur social a mis en place un système qui permet aux locataires de mesurer leur consommation d’énergie”. “Ailleurs, tel système a été abandonné, car il n’était pas adapté”. Jacques-François Marchandise, directeur de développement à la Fing, recadre la discussion “ On est là pour trouver comment se déconnecter”. On continue de chercher…

De la discussion au projet
Les échanges se poursuivent, dans une ambiance concentrée mais détendue. Il est 11h, et, au pied de la table consacrée à l’alimentation et animé par John Thackara et Adèle Seyrig, trainent déjà deux mètres de papier. Ils sont parsemés de mots clés et de dessins. “Les abattoirs sont très centralisés. Ce système est cher et complexe pour les éleveurs” explique Benoît Lacroix , animateur au Pays Nivernais Morvan, qui propose de remettre en place des structures de proximité. “Il faut aussi penser à la culture de céréales, pour rester dans des circuits courts” ajoute Adèle Seyrig, designer. Isabelle matthieu, d’Alliance Provence, un réseau d’AMAP, évoque un projet autour de la fête de l’Aïd à Marseille, occasion de rapprocher les producteurs et les consommateurs de moutons. John Thackara intervient “ il est temps de formuler des propositions”. Car l’aiguille tourne. Il est presque 13h.

A l’autre bout de la Boate,” un compagnonage de l’élu", qui partirait en résidence dans d’autres collectivités durant une partie de son mandat, pour en ramener des “trésors” a été imaginé à la table Energie. Un dispositif comprend des “réunions tricot” pour parler l’énergie entre habitants, des “prospecteurs” qui vont sur le terrain identifier les potentielles actions d’économie ou de gestion alternative de l’énergie, et un service civil qui mobilise des compétences pour mettre en oeuvre des projets. Le tout est financé par un “ énergiton” -qui sera finalement abandonné. Faut il promettre du “sang et des larmes”, ou compter sur le volontarisme des individus pour faire face au défi énergétique ? Le débat est vif autour de la table.

Les concepts en image
Le temps d’un risotto poulet, et d’un coup d”oeil sur le coin librairie, tenu par les responsables de la Librairie des Territoires, que Stéphane Vincent a rencontré quelques jours auparavant : il faut dire qu’une demi-douzaine d’auteurs sont dans la salle. Les travaux reprennent : il ne reste qu’une heure et demie pour fignoler les idées, préciser les concepts. Au cours de l’après-midi, les élus présents, Jean-François Caron, élu au Conseil Régional de Nord-Pas de Calais, et Christian Paul, élu au Conseil Régional de Bourgogne, passent de table en table. Ils ont accepté la délicate mission de présenter leur sélection, à partir des 24 projets imaginés par les équipes, en fin d’après-midi. Les équipes leur exposent leurs projets. Ecoute, discussions, critiques… On passe à la synthèse. Aux murs, sont affichées les images produites par les groupes. Les designers ont bricolé des montages qui illustrent les projets. Un plan de ville orné de carrés jaunes : ce sont des lieux de stockage de quartier, destinés à limiter les déplacements de marchandise (projet du groupe énergie) , un bus londonien siglé “polybus” (projet du groupe vivre ensemble) le passeport d’un citoyen inter-régional (projet du groupe New Deal).

Présentation des élus
Les deux élus se succèdent pour présenter les projets. Certains sont des “boites à outil” quasiment prêtes à l’emploi. D’autres, plus vastes, interrogent le long terme. Par exemple, le groupe qui a travaillé sur la gouvernance a notamment imaginé un “forum de débat public” permanent, composé de citoyens volontaires. Il participe au débat sur l’avenir et pourrait jouer un rôle dans la gestion d’une partie du budget. “Une nouvelle façon d’inventer une fiscalité régionale ? “ s’interroge Christian Paul, rapporteur du groupe new deal 2028, qui a également réfléchi à une nouvelle citoyenneté interrégionale. Aileurs, le groupe "vivre ensemble" a conçu une “pépinière de nouveaux habitants” qui accueille des nouveaux arrivants dans un lieu rural qui a besoin d’être dynamisé. Accompagnement, remboursement du déménagement en cas d’échec, avec, en contrepartie, un engagement dans la communauté. “ Ce projet est intéressant, car il est souple. Il pourrait fonctionner aussi pour les territoires urbains en difficulté” commente Jean-François Caron.
Mise en réseau et éducation
Dans le groupe éducation, on a fait sauter les cloisons entre les lycées et les universités. En 2028, les régions dotées de nouvelles compétences, gèrent les deux. Les internats ont été améliorés, pour permettre à chaque lycéen d’enrichir son parcours, en fréquentant successivement différents établissements, qui développent des dominantes différentes. Enrichissement des individus par la multiplication de leurs expériences, hybridation des lieux, échanges entre structures, importance de la formation… ces thèmes traversent l’ensemble des projets, du réseau des “fabriques d’innovation citoyenne” du groupe “citoyen”, à l’intégration d’activités créatives dans des lieux divers, du groupe “ pause créative”, en passant par les “ espaces de deloguement” , qui habritent différentes activités, du groupe “ technologies”. Impossible d’approfondir chacun des sujets dans le temps imparti. . ..“ Ce travail sera mis en forme et diffusé” promet Stéphane Vincent. Une journée qui a permis aux représentants de collectivités de s’imprégner des méthodes créatives, et aux acteurs créatifs, de mieux comprendre les besoins des élus. Bref, pour tous, d’apprendre à travailler ensemble, différemment et entamer de nouveaux projets.
Dans un prochain billet : la présentation complète des 24 projets conçus par les équipes.
Toutes les photos du Off sont ici.
La liste des participants :
A télécharger : le bilan de notre première résidence
Billet publié par Stéphane Vincent dans la catégorie 27e RégionTags: Créativité , Innovation , Lycée , Territoires en résidences
Depuis la création (récente) de la 27e Région, nous défendons l’idée selon laquelle les acteurs publics devrait mobiliser des formes d’ingénierie radicalement différentes, plus qualitatives et mobilisant davantage la créativité des citoyens. C’est dans cet esprit qu’en janvier 2009, nous avons lancé "Territoires en Résidences". En quelques mois, ce programme est devenu pour nous et pour quelques dizaines d’innovateurs, designers, sociologues, anthropologues, vidéastes, chercheurs de tout poil, une façon de tester concrètement ces méthodes au sein des régions. Aujourd’hui, nous sommes fiers de revenir sur la première des résidences que nous avons conduit de mars à mai 2009, au lycée Jean Moulin de Revin, en Région Champagne-Ardenne. Réalisé par les résidents (Merci à toute l’équipe de User Studio et à François Jégou), le document "Revin - Vers un campus ouvert" décrit fidèlement les différentes étapes, les outils créatifs utilisés, les projets qui ont vu le jour, et les enseignements qui peuvent intéresser les établissements scolaires, les Régions et l’Education nationale.
(pour le télécharger, cliquez sur le document et une fois dans Slideshare, cliquez sur "get file")
Off !
Billet publié par Stéphane VincentTags: Créativité , Innovation , Politique publique , Provence Alpes Cote d’Azur , social

L’innovation, côté jardin
Billet publié par Stéphane VincentTags: Créativité , Ile-de-France , Innovation , prospective , Territoires en résidences
La démarche d’immersion proposée dans le cadre de Territoires en Résidences n’intéresse pas seulement les Régions. La ville de Paris nous a contacté il y a quelques temps, en la personne de Bruno Gouyette, de la Direction des espaces verts et de l’environnement. Nous le rencontrions le 31 juillet au sein-même de l’Ecole du Breuil, l’école d’horticulture de la Ville de Paris située aux abords du Bois de Vincennes, en compagnie de Catherine Evrard-Smagghe, ingénieur en chef et directrice de l’école. J’étais accompagné d’Adrien Demay, designer issu de l’Ensci et co-fondateur d’une offre de services en design auprès des territoires.
L’Ecole du Breuil est un site exceptionnel : créée en 1867 par Haussmann pour fleurir Paris, elle forme plus de 200 ouvriers et techniciens dans les techniques du paysage, mais dispense aussi des cours de jardinage pour les amateurs. Elle a un statut d’école privée sous contrat avec le ministère de l’Agriculture et propose une scolarité mixte et gratuite. L’école s’étend sur 25 hectares, la plus grande surface pour l’enseignement horticole en France. Elle propose un arboretum ouvert au public avec 800 essences différentes, un verger, un fruticetum, une roseraie, un jardin de plantes vivaces et un autre de plantes médicinales. L’élue parisienne en charge des espaces verts, et donc de l’Ecole du Breuil, est Fabienne Giboudeaux, adjointe au maire de Paris.

Comment envisager l’avenir avec un tel patrimoine ?
Une réflexion est en cours pour les dix prochaines années. Hormis la consolidation des formations actuelles, l’une des hypothèses serait de faire évoluer l’école vers un centre de formation reconnu à l’échelle nationale et internationale, et d’en faire un outil de recherche appliquée et d’expérimentation, à l’heure où les enjeux climatiques et d’économie d’énergie imposent de repenser le rôle du végétal dans la ville. Institut du végétal au service des collectivités ? centre d’expérimentations et de transfert de savoir-faire vers les professionnels ? L’idée d’un tel positionnement dans le champ de l’horticulture urbaine est très tentante, surtout si ce positionnement couvre non seulement l’innovation technologique, mais aussi l’innovation sociale et les nouveaux comportements urbains -par exemple l’explosion des jardins partagés mais aussi sauvages, comme le Bois Dormoy en plein 18e, ou du "Guerilla gardening" à Londres, ou encore les travaux de paysagistes et de designers, tel Damien Roffat, et son "Jardinons", espace vert participatif. Des rapprochements sont déjà envisagés avec l’Institut des villes durables, une idée de pépinière d’entreprises touchant au végétal, ainsi que le nouveau laboratoire Paris Région Innovation.

Co-construire une nouveau récit pour l’école
Quelle que soit l’hypothèse retenue, la direction de l’école du Breuil pressent que pour atteindre un objectif aussi innovant, il faudra également appliquer des méthodes innovantes. "Il s’agit nécessairement d’un projet collectif, explique Bruno Gouyette. Nous devons trouver une manière d’associer directement élèves, jardiniers et personnes extérieures, sur un registre moins administratif et institutionnel". L’objectif n’est pas d’allonger la liste des rapports, mais de donner à voir aux décideurs des scénarios possibles et "sensibles", co-conçus avec la communauté de l’école. L’exploration de terrain, l’immersion, le travail de "designers ethnologues" peuvent également être un moyen de mieux envisager l’inscription de l’école dans ce territoire, et de lui faire jouer un rôle comme "porte de Joinville".
La discussion avec l’Ecole du Breuil se poursuivra à la rentrée. L’école du Breuil n’entrant pas au premier chef dans les compétences régionales (elle est sous contrat avec le Ministère de l’Agriculture), il n’est pas certain que nous puissions y conduire un projet dans le cadre de Territoires en Résidences, mais si nous sommes utiles, nous trouverons assurément les formes d’un partenariat avec la mairie de Paris, pour ce projet qui s’annonce passionnant...
Social Innovation Exchange, à Lisbonne : Sortir de la crise par l’innovation sociale
Billet publié par Stéphane VincentTags: Créativité , Innovation , social
Un mois après LIFT with FING à Marseille, c’est à Lisbonne que soufflait un vent de résistance : "Recovery through social innovation" (en gros, "L’innovation sociale pour sortir de la crise"), tel était le thème de l’université d’été du Social Innovation Exchange à laquelle nous étions conviés à Lisbonne du 15 au 17 juillet. Aux commandes, la Young Foundation, dont le patron charismatique Geoff Mulgan a pris récemment les rênes pour en faire un "hub" international de l’innovation sociale, et à ses côtés, le British Council, l’association portugaise TESE, ou encore la fondation Calouste Gulbenkian qui accueillait l’événement.

Ceux qui voient dans l’innovation sociale un concept à géométrie variable n’auraient pas été déçus... Sur les 125 invités issus de 24 nationalités, des profils très variés : beaucoup d’entrepreneurs sociaux (et d’incubateurs d’entrepreneurs sociaux), des représentants d’ONG, quelques leveurs de fonds, des structures de micro-crédit, des designers "sociaux", des think-tanks spécialisés, quelques représentants d’agences gouvernementales -mais pas de ville ou d’autre collectivité. On retrouvait la diversité d’approches que décrit bien Hubert Guillaud dans ses trois billets sur l’innovation sociale. Un belle aperçu du dynamisme et de la profusion d’idées qui règne dans ce secteur. L’essentiel de ce qui s’est dit est visible sur le wiki de l’Université d’été, et sur twitter.
Au hasard des présentations et des conversations, voici quelques portraits, quelques initiatives marquantes et quelques idées clés...
Quelques brefs portraits pour se mettre dans l’ambiance
- Tonya Surman est la fondatrice du Social Innovation Center de Toronton, l’un des premiers du genre. Durant la conférence, ses réactions sur Twitter seront suivies et commentées par plus de 500 personnes.
- Won Soon Park est un étonnant designer coréen ; ses "faits d’armes" vont de la lutte anti-corruption, à la création de "l’Hapiness Design Academy" ou de "l’Experience Corps".
- Robin Murray est un vétéran de la cause, économiste spécialisé dans le développement durable, aujourd’hui à la Young Foundation ; on retiendra notamment un utile rappel des outils et méthodes de l’innovation sociale
- Frank Kresin est l’animateur bien connu par la Fing de la Waag Society, laboratoire des technologies appliquées à l’innovation sociale et fervent promoteur des Fab Labs

On pouvait également croiser dans les ateliers plusieurs représentants d’Ashoka, Cassie Robinson de l’agence de design Think Public que nous avions rencontré à Londres, Christian Bason l’animateur du MindLab du ministère danois de l’emploi et de l’économie (j’en ai profité pour l’interviewer), John Thackara (Doors of Perception) venu animer un atelier sur "comment réorganiser la chaîne de production alimentaire à l’échelle d’une région ?". Côté français, Marjorie Jouen, Notre Europe (et membre du conseil d’orientation de la 27e Région) auteur d’une lumineuse intervention sur la crise, et Morgan Poulizac, de l’Agence nouvelle des Solidarités Actives créée par Martin Hirch.
Quelques initiatives marquantes ou originales
Ted Matthews, chef de projet à la branche norvégienne du British Council, est l’un des principaux concepteurs d’un projet international, Creative City. L’objectif : associer les citoyens à l’avenir de leur ville.
Les designers hollandais de Kennisland (en anglais Knowledgeland, le pays de la connaissance) ont inventé le "Wiki loves art" (pendant une journée, le public a le droit de prendre des photos dans tous les musées de Hollande à condition de les publier sur des réseaux sociaux ; 5500 photos publiées sur Flickr dans 50 musées au terme de l’opération), la Kafka brigade pour chasser la bureaucratie (voir l’interview de Joeri Van de Steenhovenque nous avons réalisé), ou encore les Pioneer teachers (des enseignants récompensés pour leurs innovations sociales)
A l’image du SILK dans le comté du Kent en Grande-Bretagne, la Région de Midt, en Hollande, a mis en place un laboratoire de l’innovation sociale, le MidtLab.
Vincenzo Di Maria est chercheur au Design Against Crime Researche Center (University of the Arts London), qui élabore des produits et services susceptibles de limiter ou réduire la criminalité
Ca bouge également du côté des formations : La Hollande et la Norvège peuvent s’enorgueillir d’accueillir toutes deux la Kaos Pilot, école de design et d’innovation sociale. Et à Lisbonne, l’’équivalent du Polytechnico di Milano crée un Design and social innovation degree.
A l’échelle nationale, la Grande-Bretagne pilote un projet comparable à Iniciativa Joven, en région Estremadure : il s’agit du programme gouvernmental Creative Partnerships, visant à stimuler la créativité chez les jeunes anglais.
La Young Foundation fourmille de projets. Citons Healthy Incentives, Active Community Living et Supportmyparent.com, dans le domaine de la santé et du vieillissement ; un programme visant à re-responsabiliser les citoyens à leurs données, Mydex ; de nombreux projets pour stimuler la créativité des habitants, et travailler sur la ville de demain (London Collaborative, Future communities, Neighbourhoods futures, Local government Innovation, etc)

Quelques phrases entendues
Innover de l’intérieur ou de l’extérieur ?
Alors oui, c’est plus facile de l’extérieur du système, disent les entrepreneurs sociaux (comprendre par système, le gouvernement et les administrations)...mais la réalité est qu’une grosse partie de l’innovation sociale est financée directement ou indirectement par la puissance publique (et les fondations, outre-atlantique), et à un certain stade, pour vraiment transformer le système, il faut travailler avec nous ! disent les administrations...
La crise, fossoyeur ou dopant de l’innovation sociale ?
Certains voient dans la crise le risque que les acteurs publics réduisent les marges de manoeuvre et les possibilités, rationalisent (la RGPP, en France), coupent les crédits de l’innovation sociale au profit de formes d’innovations plus spectaculaires et à fort rendement économique, même si court-termistes. Beaucoup d’autres voient dans la crise, au contraire, une formidable occasion de transformer l’innovation, de repenser le système.
Innover, pour ne rien changer ?
Derrière l’innovation se cachent de formidables prétexte pour ne rien changer. Selon des participants, l’initiative anglaise "Reboot Britain" s’est déroulé comme un contre-exemple de l’innovation : comme dans le titre, on a changé de logiciel sans changer le système d’exploitation !
"Spread rather than scale" : disséminer plutôt que passer à l’échelle
L’innovation sociale, ça n’est pas répliquer des solutions toute faites, mais plutôt disséminer, débattre autour des bonnes idées qui améliorent quotidiennement l’existant. La nouvelle pratique, pas la bonne pratique !
Le drame, c’est le "social waste"
Ce qui crève le coeur d’un innovateur social, c’est que les compétences des gens, quels qu’ils soient, ne soient pas utilisées...
"Innovation sociale = des méthodes + des valeurs"
De nombreux ateliers très participatifs étaient organisés tout au long de l’Université, dont une large part était consacrée aux méthodes de l’innovation sociale. Les organisateurs ont profité de l’événement pour lancer un manifeste pro-innovation sociale, et pro-changement, "Fixing the future", en 10 points, résumés brièvement ici : quitter les politiques court-termistes pour travailler sur le plus long terme, encourager l’emploi dans les secteurs prioritaires -santé, environnement, éducation, tourisme, industries créatives-, promouvoir le multi-culturalisme et la créativité locale, investir dans l’innovation, encourager l’entrepreunariat, soutenir les nouvelles infrastructures -haut débit, nouvelles énergies-, garantir la sécurité par la protection sociale, récompenser l’investissement à long terme, mobiliser la créativité des publics, apprendre vite du meilleur de ce qui se fait dans le monde.
Ici, toutes les photos de l’événement sur Flickr.
Interview de Christian Bason, du MindLab
Billet publié par Stéphane VincentTags: Créativité , Innovation , prospective , social
L’innovation sociale préfère généralement cultiver son indépendance vis-à-vis du système... Par conséquent, peu nombreux sont les laboratoires d’innovation sociale "embarqués" au sein même des administrations, des gouvernements ou des collectivités locales. Le SILK (Social Innovation Laboratory of Kent), dirigé par Sophia Parker au sein du Comté du Kent, est l’un d’eux. A l’échelle gouvernementale, nous avions déjà identifié le MindLab, une cellule d’une quinzaine de personnes placée au sein même du ministère de l’emploi, de l’économie et des impôts danois. Je rencontrai pour la première fois Christian Bason, qui le dirige depuis 7 ans, au Social Innovation Exchange organisé par la Young Foundation à Lisbonne. Comme le SILK, le MindLab mobilise le "social design" pour améliorer des dispositifs et des services publics, mais il est également actif en termes de prospective. Je voulais l’interroger à ce sujet.

L’expression "friendly-government"revient souvent dans les publications du MindLab. Faut-il vraiment qu’un gouvernement soit "amical" ?
L’idée du "gouvernement amical" renvoie à l’idée d’un gouvernement qui serait capable de penser l’utilisateur en termes d’empathie, de collaboration, d’équité. C’est l’idée d’une relation mature, totalement renouvelée avec les gens, les utilisateurs, les administrés. Mais pour être franc, je sors tout juste d’un atelier dans lequel nous venons de faire évoluer cette notion... Je dois moi-même admettre que l’amitié n’est pas le sentiment premier lorsque le gouvernement me demande de payer mes impôts ou d’obéir à la police ! Obtenir le "meaningful government" [un gouvernement sensé, ou de bon sens ?] serait déjà une vraie victoire... si j’oublie de remplir une ligne de formulaire ou de joindre un document, je dois pouvoir m’attendre à une réaction moins obtue de la part d’une administration.
Le MindLab associe les agents à des démarches de prospective -notamment à l’approche dite de "backcasting". De quoi s’agit-il au juste ?
Dans les méthodes prospectives habituelles, on pratique le "forecasting" : on prolonge les tendances du passé pour mieux imaginer ce qui pourrait se passer. Au contraire, le backcasting consiste à partir d’un futur souhaité, celui que l’on souhaiterait atteindre. C’est une méthode qui fonctionne assez bien avec les décideurs et les élus, car ils aiment raisonner ainsi. Nous l’avons récemment appliqué à la question de l’investissement responsable dans les "technologies vertes". Sur une journée, nous avons réuni les principaux protagonistes, ceux en mesure d’influer sur la question posée : en premier lieu, des banquiers, des patrons de grandes entreprises, des élus et hauts fonctionnaires, des responsables syndicaux, des experts, des syndicats. L’important était que parmi eux, certains fassent de toute évidence partie de la solution. La première partie de la journée consistait à leur faire décrire une vision "idéale", de façon détaillée : combien faudrait-il investir au minimum pour atteindre l’objectif visé ? ça produirait quoi, concrètement, à la fin ? L’étape suivante consiste à définir, dans le temps, les étapes pour y parvenir : signer un protocole d’accord en 2014, par exemple. A ce stade ils devaient aussi décrire quelle serait leur contribution respective pour atteindre l’objectif visé. L’avantage de cette démarche est qu’elle représente déjà une forme d’engagement réciproque. Au terme de la journée, nous avons ainsi produit un vision commune, nourrie et informée par chacun des protagonistes, et un "blueprint", une ébauche de plan d’action. Les outils et les modes d’animation de cette session sont assez simples : nous étions deux animateurs, nous avions quelques outils pour stimuler le "remue-méninges" et illustrer la vision. Et surtout, la personne responsable de toute cette démarche était de façon explicite le fonctionnaire en charge du projet ; c’est lui qui assurait la direction de la démarche, et le MindLab était à la manoeuvre.
Dans quels cas le backcasting est-il adapté ?
Le backcasting est pertinent lorsqu’il s’agit de lancer une nouvelle politique ambitieuse, sur laquelle de nouveaux moyens sont programmés. Mais il nous arrive d’utiliser le forecasting sur certains projets. Récemment, ce fut le cas sur le "futur de l’économie créative". Nous utilisons alors des méthodes classiques de "scenario planning", inspirée des méthodes de Shell, dans les années 60. On suppose alors que le futur est trop incertain, mais qu’il y a des forces connues en jeu. On produit alors plusieurs scénarios.
Le MindLab met actuellement en oeuvre des méthodes pour créer plus de transversalité entre les ministères. Quelles sont ces méthodes ?
Pour parvenir à faire travailler des directions ou des ministères qui se sentent souvent en compétition, la clé est de faire oublier "qui est qui"... Un exemple : nous organisions un atelier auquel étaient associés, entre autres, une direction du changement climatique, une autre sur les sciences et les technologies. L’idée était tout d’abord de les réunir dans un endroit neutre -en l’occurrence le MindLab. Ensuite, l’objectif consistait à ce que chacun puisse contribuer sans jamais savoir de qui venait la proposition. Chacun disposait d’un ordinateur, et nous utilisions un logiciel en ligne appelé "Think tank" [voir la démo de l’éditeur Groupsystems sur Youtube], qui permet à chacun de s’exprimer anonymement, mais aussi de classer, produire des commentaires et d’étoffer les contributions des autres. Les contributions sont projetées à l’écran. Le temps d’un atelier, nous avions ainsi recréé au sein d’un groupe les principes d’un blog participatif : c’est la qualité des contributions qui est valorisée, pas le statut ni l’identité de ceux qui en sont à l’origine.
Kafka dépoussière les administrations hollandaises
Billet publié par Stéphane VincentTags: admninistration , Citoyenneté , Créativité , Innovation , social
Interview d’une minute ou presque de Joeri Van de Steenhoven, de l’agence Kennisland (en anglais Knowledgeland), à propos de la "Brigade Kafka", un opération commando visant à chasser la bureaucratie au sein des administrations ! Un entretien réalisé à Lisbonne, durant notre participation au Social Innovation Exchange.
La prospective est-elle un exercice populaire ? (suite)
Billet publié par Romain Thévenet dans la catégorie 27e RégionTags: Créativité , Nord Pas de Calais , prospective
Comme nous l’avions annoncé dans le précédent article du même nom, une équipe de France 3 est venue nous filmer lors de notre passage au Conseil Régional du Nord Pas-de-Calais pour le debriefing de notre opération "Ma vie de Ch’tis en 2030".

Vous pouvez regarder le reportage diffusé le 25 mai 2009 :
Enfin, nous présenterons à nouveau ces vidéos du 18 au 20 juin à Marseille dans le cadre de l’évènement LIFT, organisé par nos collègues de la Fing.












